T'as voulu voir Bouyon et on a vu Bouyon par René MARTEL

accb1 Par Le 01/09/2018

16h20. Je ferme la porte de mon garage. Je viens d’y remiser mon Colnago. Je l’en avais sorti le matin vers 7h45. Presque 9h ensemble. Pas de l’amour…mais presque. Dans ma main, mon Polar le confirme : 140km pour 1340m de dénivelé. Je comprends mieux l’état de mes jambes... et du reste aussi.

Quelle journée ! Nous étions nombreux à quitter le parking de la Roubine. Certes 50% de Jondeau seulement. Mais étaient là Christian enfin libéré de ses contraintes familiales et de ses petits bobos, Daniel remis à neuf par sa cure thermale et les bouclettes plus indisciplinées que jamais et Alain qui après sa convalescence a retrouvé ses forces et ses envies. La famille se reconstitue et c’est bien ainsi. Puissent les derniers éclopés nous rejoindre rapidement!

La mer était magnifique et les plages parfaitement ratissées et encore vierges. Le soleil, source de lumière et d’énergie (il allait nous en falloir) nous délivraient ses rayons et sa luminosité tout en modérant sa température. 

Direction Cagnes sur Mer. A défaut d’exploit, pour se distinguer du groupe, Daniel décidait de crever (pas lui, sa roue). Mais le nez dans le guidon, il nous rattrapait facilement avant Juan les Pins. Certains décidaient de faire le tour du Cap, les autres respectant l’itinéraire prévu rejoignaient directement Antibes. Le groupe se reformait  lors de l’arrêt du parking de Villeneuve-Loubet. S’y trouvaient déjà en nombre les plus matinaux de l’ACCB. Aux lèves-tôt habituels s’étaient joints Didier et Jean Pierre qui devraient rejoindre notre club.

C’est donc un groupe de plus de 20 cyclos qui a repris sa progression vers Cagnes. Le temps de prendre un café, d’aller rendre visite à l’épicier-livreur d’Armstrong (dit-on) pour un petit problème de cale et la promenade continuait. Les plus pressés ou (et) les moins courageux rentrant directement, les autres prenant la direction de La Gaude, puis de St Jeannet et Gattieres. Nouvelle séparation douloureuse. Certains décidaient de se restaurer dans le jardin public et de rentrer à Cannes pendant que les autres prenaient la direction de Bouyon. Puisque Jean Claude l’avait prévu pourquoi ne pas poursuivre ?

Mais là commençaient les grandes difficultés… Une petite route pittoresque et ombragée mais qui monte, qui monte encore et toujours. Et alors que la seule chose à faire est d’avancer tout à gauche, Michel, entre 2 « crabote, crabote ! » (comme si on avait attendu son conseil pour le faire), interroge sur le prélèvement à la source, Hulot, les déficits… (je n’ai pas eu la force de tout écouter…et encore moins de répondre). Quand on aperçoit Bouyon  sur un éperon, on trouve la vue du village extraordinaire.  Yves Boisset avait été séduit avant nous en y tournant des scènes de son film « le saut de l’Ange » sensées se dérouler dans un village corse avec Jean Yanne et Daniel Yvernel. Seul problème : il est  très haut perché (très très). La vitesse de progression de certains les rapproche de la « Procession aux Limaces », fête qui se déroule dans les rues fin mai ou début juin. Celles-ci sont éclairées par des milliers de bougies et des coquilles d'escargots remplies d'huile avec une mèche. Des oratoires sont érigés où la procession fait halte pour prier afin que la récolte des olives soit bonne. 

Pas le temps de prier. Un robinet nous permet de remplir nos bidons. Un groupe de jeunes cyclistes hollandais qui nous a humilié dans la montée redescend déjà. Pas nous. La décision est prise d’attendre l’arrivée à Coursegoules pour se restaurer. Et la route continue de monter et de monter encore…

Heureusement les paysages sont exceptionnels. La vue en contre bas de la route empruntée nous rassure sur les causes de notre fatigue. Enfin Coursegoules, un plan incliné d’herbe grasse pour accueillir les pique-niqueurs épuisés et affamés que nous sommes. Jean Pierre me rassure : « maintenant ça va descendre ». Le genre d’info appréciée tant elle répond à mon souhait. Et puis, on peut lui faire confiance. Sandwichs, tarte aux blettes, tarte aux abricots avalés nous repartons sans chercher à découvrir les restanques sur lesquelles, jusqu'en 1860, on cultivait le blé et la rose qui était destinée aux parfumeries de Grasse.

 

La halte a permis de prendre à l’unanimité une sage  décision : à Bramafan, pas de remontée sur Gourdon et descente de la vallée du Loup jusqu’à la Colle et Villeneuve Loubet. Et puis cet itinéraire nous permettait d’accompagner un peu plus la féminine du groupe, Marie Claude, qui devait rejoindre Nice.

Un dernier pot amical à Villeneuve, une bise à Marie Claude, impressionnante de facilité, et retour à Cannes par le bord de mer.

140 km donc. Une distance inhabituelle et pourtant Michel et Jean Claude ne paraissaient affectés ni par cette distance ni par le dénivelé. Ont ils réalisé que parfois ça montait? C’est beau d’être jeunes…ou d’avoir su le rester.

Chacun a ainsi pu faire au cours de cette journée ce dont il avait envie dans un climat amical et convivial parfait. Œuvrons pour qu’il en soit toujours ainsi !