La galère d'un pauvre cyclo

accb1 Par Le 24/07/2016

Désireux de sortir des sentiers battus et d'émotions...fortes... nous étions 6 à rejoindre St Sauveur sur Tinée le 21 juillet pour faire la sortie prévue.  

Nous y étions à 8h45 et, pourtant avertis par Gilbert sur les difficultés des 2 cols au programme, nous nous sommes engagés sur la route de Roubion et du col de la Couillole, persuadés qu'en gérant bien nos efforts, les difficultés du jour allaient constituer des souvenirs extraordinaires. 
Nous n'avons pas été déçus, sauf que même en tentant de gérer l'effort, la pente impose ses contraintes: tu appuies sur les pédales ou tu tombes... Pour atteindre le col de la Couillole il faut parcourir 16km et un dénivelé de 1 168m. La pente moyenne annoncée sur cette distance est de 7,3% mais il ne s'agit là que d'une moyenne et certains passages se sont avérés "destructeurs" pour les moins grimpeurs...Les sous-bois sont extraordinaires sauf qu'ils ne dissimulent pas les lacets de la route à gravir. Roubion, un très beau village qui aurait mérité une visite mais tant de cotes nous attendent encore. Il faudra revenir...en voiture...Le groupe a éclaté, les costauds sont partis, lentement mais surement, et je tente d'assurer, "tout à gauche", en surveillant le cardio. Le temps de découvrir les panneaux, à chaque km, qui annoncent la pente moyenne à venir. 7 %, 8%, 7,5%. C'est pas le plat pays. Le temps aussi de calculer (faut bien s'occuper l'esprit) qu'à 7 km/h, il faut près de 9 minutes pour parcourir 1 km... Arrête ton calcul mental et pédale! Et puis à 7km/h les hectomètres défilent tellement lentement sur le cadran qu'on le croit en panne. Mais non!
Et puis la vue de Michel, puis de Jean Claude, qui reviennent à ma rencontre me permet d'espérer que je suis presque arrivé. Ils me le confirment. Gilbert, qui ne s'est même pas aperçu que ça montait, Philippe qui téléphone, et Jean Pierre qui reprend son souffle sont là sous le panneau du col pour la photo souvenir. L'air est régénérant et les paysages magnifiques. Je croyais avoir fait le plus dur. Gilbert m'annonce que le col de Sinne sera encore plus difficile. Est ce possible? Bernard a t il été capable de nous proposer un tel circuit...tout en décidant de ne pas le faire????

Et  c'est la descente dans un environnement verdoyant vers Beuil. En remontant dans le centre de ce village, une bonne boulangerie et la place accueillante devant l'église St Jean Baptiste nous permettent de reprendre quelques forces. Un muret, de l'ombre, une fontaine, l'homme à la tête carrée, l'oeuvre de Sosno, qu'espérer de mieux?  Un café pour éviter de s'endormir et c'est la descente des gorges du Cians.
La beauté fantastique du relief, soulignée par ces teintes sanglantes, fait de cette route une attraction touristique majeure du département. Les gorges se rétrécissent par endroit, refermant les falaises au-dessus de la rivière et de la route au niveau des deux clues, cachant presque le ciel. La chaussée est en parfait état. De quoi me réconcilier avec le cyclotourisme.

Philippe qui était devant s'est arrêté à un carrefour. Un panneau "Pierlas". Gilbert confirme: c'est par là qu'il faut continuer...Jean Pierre avait un plan B pour éviter ce 2 ème col et j'avais adhéré à son idée. Mais le sandwich, le café et la descente nous avaient "requinqués" tous les deux au point de nous faire oublier nos limites. Nous avons donc poursuivi avec le groupe. Conscients de nos responsabilités dans le club, nous avons décidé de jouer aux serres-files mais en fait cela n'a servi à rien: aucun attardé plus attardé que nous... Pourtant nous avons pratiqué un peu la marche à pied. 10%, 13%. Des routes avec de telles pentes il faudrait les interdire.  Comme s'il n'y avait pas assez de place sur le plat pour circuler... La route minuscule qui mène à Pierlas, traverse un paysage sauvage de cascades, forêts et surtout plaques et strates de rochers qui intéresseraient les amateurs de géologie mais moins les pédaleurs du dimanche que nous sommes.
Le versant emprunté par la route est plein sud sans ombrage. Dur, dur à 13h! En pédalant: 7 à 8 km/h. En marchant 4. Pas un gros écart. Et puis quand on peut plus...on peut plus. 

Pierlas. Le village annoncé est enfin là. Perché sur un promontoire rocheux, isolé au milieu des montagnes, il parait loin, très loin de la civilisation! Personne en vue. Et pourtant une dame nous indique que nos copains nous attendent plus haut. Nous les rejoignons sur la petite place au milieu de ce village tranquille, un brin austère, peuplé seulement de quelques éleveurs de chèvres et de moutons et de vieux montagnards à la retraite (100 habitants). Sous une voute, une fontaine dont l'eau est très fraiche. Le temps de se faire quelques ablutions régénérantes. Une scène et des guirlandes sont installées. Ce n'est pas pour nous mais pour les soirées estivales du Conseil Général. Philippe qui était seul a poursuivi vers le col et nous annonce par téléphone qu'il nous y attendra. Gilbert nous rappelle que notre effort n'est pas fini: il reste encore 5 km pour passer le col de Sinne. Et comme il n'est pas avare en information, il nous précise que la suite du parcours est très difficile. Comme s'il pouvait y avoir plus pire que pire... 

Nous quittons le village en prenant la direction d'Ilonse par une route toujours aussi petite mais qui monte, qui monte, qui monte... Crabote, Crabote nous dit Michel mais cela fait 10km que nous sommes déjà "tout à gauche" et ralentir encore nous ferait tomber... Quand pour souffler un peu, nous mettons pied à terre nous pouvons jouir d'une vue plongeante exceptionnelle sur la route que nous venons de parcourir et qui serpente à nos pieds, sur le village de Pierlas et sur la vallée. Impressionnant! Mais cela se mérite.
Au bout de 5 km la pente se calme et nous arrivons au col (1 438m) Un abreuvoir est là. Une eau fraiche s'y déverse. Nous avons bien mérité un dernier rafraichissement. Le site est enchanteur: une prairie, une zone aménagée pour le pique-nique, la forêt et même 2 jeunes filles en pleine sieste à coté de leur quad. 
Gilbert qui s'avère ne nous avoir jamais menti nous le confirme: reste à descendre vers Ilonse puis rejoindre le fond de la vallée et St Sauveur. Ouf ouf c'est fini.

On l'a fait!!! 71km, 2100 m. 
On a souffert ensemble même si ce n'était pas à la même vitesse... 
On était très heureux ensemble d'avoir partagé ces moments, ces émotions, ces douleurs aussi et d'en parler encore avant de nous quitter pour d'autres aventures. 
Et l'envie de vous le raconter. 

Merci les copains et l'ACCB

René